Propositions artistiques

The profuse & sovereign All // Le profus et souverain Tout

objet trouvé et modifié: un rond miroir gravé, prototype (env. 50cm x 50cm), proposition pour le Pavillon Démocratique de la Biennale de Venise, mai 2018.

“The profuse & sovereign All” ou "le profus et souverain Tout" est un objet trouvé et retravaillé qui engendre de nombreuses installations temporaires. Un miroir rond est gravé, couvert par un pattern que j'ai coutume d'appeler "flux". Une prolifération de lignes s'étend en all over sur toute sa surface - décevant ainsi toute tentative de saisir le centre de la forme, qui n'est pas proprement signifiée. En cela, cet objet implique une critique de la monopolisation ou la centralisation des pouvoirs. Sa matérialité réflectrice permet aux flux d'apparaître, à demi translucides - dépendamment de l'angle, double - superposée à tous les fragments possible de réel. Tout est ici susceptible d'être montré, inclus sur la surface de cette pièce intercontextuelle. Conséquemment, une personne, un groupe de personnes, des éléments naturels ou urbains, etc, peuvent devenir de véritables sujets, temporairement présentés comme souverains dans le "profus et souverain Tout", si les yeux de l'observateur permettent à l'oeuvre de remplir sa mission symbolique.  

Centering. Infinity

peinture à 4 mains, technique mixte (diverses peintures et cendres), collaboration avec Hilarius Dauag (réalisation été 2017), présentée lors du Jubilée des 75 ans de la découverte du LSD par Albert Hoffman, Holzpark Klybeck, Bâle, avril 2018.

Cette peinture multicolore de grand format est basée sur une triade de trois figures majeures, formées et entourées de formes concentriques. Achevée comme un rituel de gratitude et de dévotion aux forces cosmiques, la peinture évoque des alignements énergétiques à concrétiser à même son propre corps - ceux-ci donnent l'accès un mode d'être spécifique qui permet une production créatrice proliférante. Alors que la fameuse substance enthéogène découverte par A. Hoffmann est communément considérée comme apte à déclencher des expériences mystiques et autres découvertes existentielles, cette toile, qui invite le spectateur à soulever le voile qui la couvre, révèle alors des visions similaires qu'elles soient d'ordre hallucinogène ou qu'elles débouchent sur le domaine dit "spirituel".

 

Centering

performance, env. 15 minutes, avec Hilarius Dauag, costumes paille et bamboos muni d'un coquillage nacré, plumes, instrument créé par Hilarius Dauag, Open stage de "Srinagar Performance Biennale", Mittlere Brücke, Bâle, avril 2018.

La performance «Centering» regroupe une somme de mouvements lents accompagnés de respirations profondes qui visent à équilibrer les énergies dans la conscience et à faire retour au centre énergétique du corps, le vivifiant et l'installant comme un socle. Dans les traditions védiques et taoïstes, celui-ci se situe une longeur de pouce au dessous du nombril. Cette danse gracieuse aux éléments interculturels a été réalisée devant la chapelle du Mittlere Brüecke au centre de la ville d’où l’on jetait auparavant les femmes accusées de sorcellerie. Ce rituel se développe avec l’accompagnement  du musicien professionnel Hilarius Dauag qui joue un tala (rythme avec un certain nombre de mesures, répété comme un mantra) avec une harpe-guitare de son crû afin de soutenir l’opération subtile en cours.

Bond

deux sculptures en stéatite reliées par des chaînes dorées, été-automne 2017. 

Shaping wishes

performance, durée indéfinie (env. 7 personnes par occurence, 15 min. par pers.), encre de Chine, papiers Buten de petits formats, une table et deux chaises, x personnes volontaires, exposition collective «Art des Hauses - junge Kunst 2017», A. M. Roth-Borer & Stiftung Hummenberg, Büsserach, 28 mai & 10 juin 2017.

 

La performance réalisée dans le contexte de l'exposition "Art des Hauses - Junge Kunst 2017" invite chaque membre de l'audience intéressé à prendre place en face de moi et écrire l’objet d’un désir personnel sur un versant d’un petit papier Buten. De l’autre côté, son intention prend progressivement forme sous ses yeux, alors que je me connexte à lui. J’utilise alors une codification semblable à celle explorée dans les dessins flottant sur les murs, autour. L’action opérée ici est une tentative de partager la méthode de travail poursuivie lors de la réalisation de l’ensemble «Interventions magiques au sein de ce qui s’écoule». Enfin, l’oeuvre résultante est offerte comme une sorte de talisman à son destinataire/commanditaire. 

 

 

Interventions magiques au sein de ce qui s’écoule

Installation, 5 dessins, encre de Chine sur papiers faits à la main, 78 x 106 cm, I. “Vers un nouveau départ” II. “Pour la santé holistique de mon ami C.“ III. “Entrer en contact avec les esprits des ancêtres chamans” IV. “Vers l’amour avec W. P. W. Benderscoot IV“ V. “Accueillir la confiance en moi, en toi, entre nous“, disposés sur peinture murale in situ, sculpture en argile "Devenir" (janvier 2016),décembre 2016 – mai 2017, visible lors de l'exposition collective "Art des Hauses - junge Kunst 2017", Anna Maria Roth-Borer & Stiftung Hummenberg, Büsserach, 13 mai-10 juin 2017.

 

L'installation “Interventions magiques au sein de ce qui s’écoule” explore l’intention couplée au hasard, leurs interactions. Ces quelques dessins, parts d’une série qui s’épaissit indéfiniment, voient un pattern similaire peupler leurs surfaces ainsi que l’arrière-plan. Ces lignes sinueuses, appelées “flux”, sont tracées telles qu’elles émergent sous les impulsions spontanées des doigts, sans autre préméditation que la visée définie avant d’entrer dans le processus de réalisation. Chaque dessin possède un titre spécifique livrant l’intention initiale qui rappelle l’énonciation d’une prière ou d’un voeu. Ces pièces évoquent le potentiel humain d’influencer, par l’intentionnalité, les évènements dans lesquels nous sommes pris, comme ces papiers plongés dans la fluidité des courants.

Field of Mutations

installation; 3 sculptures en argile, objets trouvés et vidéo loop (10 min. & 12 sec.), projet de diplôme lors de "Every contact leaves a trace // Jede Berührung hinterlässt eine Spur", exposition Bachelor et Master en arts visuels, curation de Lysann König & Chus Martinez, Institut Kunst/HGK/ FHNW, Kunsthalle & Kaskadenkondensator, Basel, septembre 2016.

 

“Today's subjectivities: grabbed from the soil, they have the gift of ubiquity – they fluctuate at the mercy of the mutable connections of desire with flows from all places and times that all pass simultaneously through electronic waves. A singular and fluid filter of this immense and also fluid ocean. With no name or permanent address, without identity: metamorphosing modulations in an endless process, tirelessly managed day after day.“

Suely Rolnik, Anthropophagic Subjectivity

Une multitude d'objets relevant des différentes techniques régulièrement explorées dans ma pratique est réunie en ce Field of Mutations (Champ de Mutations), une installation oscillant entre une présentation classique faisant usage de socles blancs et une fragilité liée à l'éphémérité de certaines pièces et des matériaux de récupération. Ici, quelques objets trouvés - un papier à poncer et le monticule de pigments rouges en son centre, une chaîne de vélo rouillée, un rouleau de papier-caisse recouvert de fines lignes et un objet plastique indéfini - entretiennent un dialogue avec des sculptures dénuées de cuisson et une projection vidéo.  

Une série d'organismes tridimensionnels qui semble incessamment modifier leurs formes actuelles dans un continuum de temps incarne un mouvement d'ordinaire imperceptible. La forme rose trônant sur la colonne dorique tient pour le résultat ironique du processus de réalisation frénétique perpétré dans la vidéo. Accompagnée d'un son saturé remémorant un état d'urgence, la projection montre une paire de mains qui manipule une masse d'argile en apparence sanglante. Ces gestes impliquent des efforts soutenus vers des agencements renouvelés, des cristallisations temporaires d'une forme constamment en proie aux effondrements de sa propre matière.

L'entière composition est construite comme un paysage ouvert et panoramique apte à générer divers cheminements interprétatifs de la part des spectateurs. Simultanément, elle se concentre autour d'un centre flou, la notion de "devenir". Ce terme, aussi vaste qu'une page vierge, est de ce fait souvent rélégué aux confins de la métaphysique. Les fragments choisis manifestent divers aspects de ce concept définissable comme un processus continu de transformation.

L'ensemble tend à mettre en lumière le potentiel humain à modeler les subjectivités, dessiner des trajectoires aussi personnelles que collectives. Au sein de cet univers révélé fluide, ce champ d'immanence exubérant, quelles opérations déclencher afin de libérer le courant de la vie là où celui-ci présenterait des points d'interruption ou de ralentissement? Comment réactiver au sein des situations présentes le potentiel crucial inhérent à l'activité artistique, cette aptitude à mettre au monde des possibilités? 

Faking the move

video loop, stop motion, 3 min. & 50 sec., printemps 2016. 

 

Undefined I, undefined piece

performance musicale, texte, chant et claquettes, zentaï, durée indéterminée: 10 à 15 min., hiver-printemps 2016

 

«Here and now,

where the event

is ever about...

to happen !»

 

Au coeur de ce travail, il y a un "je" indéfini, une figure tenant pour un être humain générique dans un costume dissimulant tout trait particulier. Ce performer, seul, récite, chante, crie un script textuel (en anglais) à travers la membrane de tissu. Cette déclamation, accompagnée par des rythmes directement produits par les claquettes à ses pieds, constitue le constant développement d'une musique, une métaphore de la notion de devenir. Les paroles, conçues pour être "méta", répètent à intervalles réguliers "Here and now" (ici et maintenant) comme un refrain et une ancre; elles décrivent quelques éléments de la performance elle-même en tant que situation construite: l'(auto)description de cette figure indéfinie et ses actions actuelles, sa confrontation à l'audience jusque'à l'intention de ne pas laisser la performance demeurer un spectacle à regarder passivement. Sans avoir une mélodie précise ou des gestes à imiter, chaque spectateur est sollicité à exprimer sa voix propre, à créer des rythmes à l'aide de son corps seul, à ajouter ce qui surviendrait spontanément au show qui se déroule. Ainsi, le titre prend tout son sens lorsque la pièce se fait alors réellement évènement indéfini, soumise à des variations différentes à chaque occurrence. 

 

Rite (dé)territorialisant

proposition d’une performance collective in "Rite de départ", action/expérience pour 4-5 personnes ou plus: ici, C. Becholley-Besson, M. Rosset, A. Rigamonti et moi, durée variable (env. 15 min.), janvier 2016.

Cette pièce sonore pour plusieurs voix a été iventée et mise sur pied à travers la lecture du chapitre "Ritournelle", dans le Tome II de  Mille Plateaux, ouvrage co-écrit par G. Deleuze et F. Guattari. La performance se veut dénoter les trois aspects de la ritournelle décrits par les auteurs. Lors de la première phase, la personne vaque, seule. Elle s’invente une mélodie pour elle-même, comme un abri, un refuge, un lieu distinct du monde chaotique autour. Dans un deuxième temps, survient la fondation d’un territoire par une collectivité qui, à la suite de ces errances solitaires, se réunit. Chacun se fait alors personnage rythmique et la mélopée fait résonner l’espace, l’habite  - le concert des voix s’harmonise petit à petit. Enfin, c’est l’ouverture du monde ainsi construit, invitant les spectateurs curieux de taper du pied ou d’élever la voix. La file enthousiaste sort de l’appartement, descend les escaliers, le son s’étouffe tandis que les corps se perdent dans l’obscurité.

Avait-on perdu la ritournelle ?

vidéo loop, 5 min. & 5 sec, 2014 - janvier 2016.

installation vidéo dans le cadre de la résidence collective "Rite de départ" proposée par C. Becholey-Besson, vidéo loop, 4 kg de pommes rouges, une paire de claquettes, Lausanne, janvier 2016.

Cette image en mouvement tournée dans la campagne, un petit territoire temporairement choisi par des pinsons du Nord migrant, se superpose à "Epode", l’une des nombreuses Chronochromie du compositeur français Messiaen. Ce morceau entrelace 17 voix d’oiseaux divers qui manifestent ces volutes nerveuses, ces soubresauts qui transportent les oiseaux au loin, les engagent dans des agencements, des mouvances, des arbres au ciel et vice-versa. La volée tournoie dans une certaine confusion, comme si elle se débattait dans un trou noir dénué de sens. 

 

 

Dance through

vidéo loop, 1 min. & 41 sec., 2014 - janvier 2016.

Ce travail vidéographique relate la répétition des patterns de l’expérience intime de quelqu'un. Cette personne à bord voit l’engin décoller et atterrir successivement dans un entremêlement de lumières aveuglantes, en panique dans les vitesses qui bondissantes et les maintes variations de degrés. La boucle se déroule indéfiniment et le sujet, à la manière d’un Sisyphe, suit cette trajectoire plus intime que les changements climatiques. 

Vault

vidéo loop, 2 min. & 31 sec., novembre 2015.

L’aventureux voyage d’une jeune femme est dépeint dans cette vidéo nommée "Vault" en référence à la polysémie de ce terme signifiant à la fois "tombeau" et "saut". Cet oxymore traduit bien les différents mouvements successivement parts de son cheminement. Ceux-ci coincident avec des modes d’être ou des états d’esprit temporaires lors de ce processus interrompu ou frénétique. Ces évènements symboliques la conduisent d’une errance dans les eaux informelles aux efforts répétés d’enjamber un mur jusqu’à l’avènement d’un Soi nouveau, nourri par l’eau de la source. Et si l’eau sortait de ses propres mains? 

Influx

vidéo loop, 3 min. & 46 sec., août 2015.

Cette seule séquence laissée intacte se concentre en une perspective fixe posée sur le courant d’un fleuve et de ses agitations. Les uns après les autres, les nageurs, munis de bagages comme en vue d’un voyage ou d’un exil, traversent le cadrage, emportés par les flots. 

Some here in bet een

installation collective - composition de propositions artistiques de H. Tapajnova et moi, juin 2015.

Cette documentation retrace une première collaboration artistique avec Helena Tapajnova, une artiste de République Tchèque. Assemblant nos différents fragments afin de former une installation commune ou une "hyper-image", un monde, une multitude de connexions formelles et conceptuelles.

Feats and remains of a demiurge // Prouesses et débris d’un démiurge

vidéo loop, 2 min. & 46 sec., printemps 2015.

A même ce projet vidéographique, une figure aux traits particuliers dissimulés sous une combinaison intégrale se tient sur un fond blanc, dans un non-lieu. Dans ce costume qui permet simultanément d' incarner "personne" ainsi qu'un sujet humain "x", la silhouette souffle de plus en plus fort dans un petit oiseau de plastique rouge dont la langue se déroule à la mesure de l’air investi. La scène tend à aller crescendo autant qu’à manifester l’expression comme un aspect fondamental de tout processus dit "créateur".

Fountain (in remembrance of B. Nauman)

vidéo loop, 2 min. & 41 sec., printemps – été 2015, installation lors de l'exposition collective «Kingdom of Fools», Filter 4, Basel, curation de Dawn Nilo, mai 2015.

Cette vidéo est constituée d’une unique séquence non soumise au montage, un plan relativement fixe filmé la caméra à la main. On dénote aisément l’effort de placer à tout prix l’extrémité de la fontaine – une embouchure baroque – au milieu de l’image. Les seuls mouvements s’ajoutant à ce constant retour vers le centre sont ceux de l’eau qui oscille, ondule au gré du vent. Ce souffle tient le rôle d’interférence dans cette jaillissante expression ou la distribution du liquide.

Turning round, somewhere closer

3 sculptures d’env. 8cm x 28cm x 45cm, Hatovix, peinture acrylique, installation, novembre 2014 – mai 2015.

activation de l'installation lors de la performance effectuée avec H. Tapajnova et M. Rosset, "Kingdom of Fools", mai 2015.

Cette série de masques se base sur une divinité romaine, Janus. Consacrant l’idée de "passage", cette déité présente deux visages aux sentiments opposés. De pièce en pièce, le nombre de têtes augmente jusqu’à ce que, sur la troisième, l’on ne distingue plus de traits singuliers - tous métamorphosés en courbes sinusoïdales. Ce projet s'appréhende de diverses manières: comme une installation, une performance effectuée par les personnes qui portent les masques; enfin, il reste l’option d’en activer un ou plusieurs. Là, l’oeuvre se fait expérience; par exemple, tourner sur soi-même, une main vers le ciel et l’autre vers la terre, en quête d’un centre malgré la désorientation.

Trotz der Wellen, ein Hügel aus Sand

vidéo loop, 13 min. & 50 sec., novembre - décembre 2014.

installation vidéo et objet trouvé, jury de janvier 2015, HGK/FHNW.

Ce projet vidéographique documente une action et sa répétition. Il s’agit d’un geste simple qui consiste à reconstruire sans arrêt un monticule de sable sur la rive. À intervalles réguliers, la houle qui déferle détruit partiellement ou entièrement la sculpture réalisée. Alors qu'une performance est montrée dans sa durée effective, un travail de montage déplace régulièrement la perspective et l’emplacement du monceau; ceci crée des changements de points de vue.  Vers la fin de la séquence, lorsque l’agrégat est laissé à lui-même, un pêcheur passe. Cette intrusion nous indique le retour du réel qui ne cesse de s’immiscer et de se dérouler malgré l’orchestration de l’action.

Thanaterros

vidéo loop, 8 min. & 4 sec., janvier - décembre 2014.

Ces images en mouvement réalisées avec la caméra d’un ordinateur portable prennent pour motif une bouche féminine. Aux premiers abords, charmeuse, elle revêt du rouge à lèvres avant de se mouvoir d’une manière qui évoque la séduction. Dans un second temps, la femme trace 6 directions fléchées autour de sa cavité buccale puis, elle dépose le maquillage sur ses dents. Cet acte provocateur marque la métamorphose du moment précédent en une vision tragique, où la couleur de feu devient alors l’étendard de la mort et de la destruction. Enfin survient un flou gaussien qui nous emmène au creux d’entrailles, entre une obscurité caverneuse et la luminescence rosée de la chair.

Corps utopiques

esquisses pour 3 sculptures en argile (sans cuisson), janvier 2014.

installation outdoor, 3 sculptures en argile, env. 40cm x 40cm x 50cm, pigments verts et rouges, cordes rouges, aperçu de la première et de la dernière phase, chemin de sculptures "Eau Fil de l’Art", Morgins, juin - septembre 2014.

Ces organismes de terre résultent d’une confection sans préméditation quant à leurs contours. Libre alors aux spectateurs de percevoir mille et une créatures et significations dans ces oeuvres ouvertes, surfaces de projection.  Dans leur co-présence, ces corps forment un groupuscule ou une micro-société dont les membres se veulent communiquer entre eux par l’intermédiaire de leurs orifices respectifs traversés par de fines cordes rouges. Dénués de cuisson et en relation directe avec l’environnement, ces corpuscules s’exposent, dès lors, à de constantes modifications et réunissent simultanément devenir, processus de création comme une perpétuelle transformation et désagrégation progressive.

Tale for solstices (Lamartine reworked)

vieux livre trouvé, "Les Oeuvres poétiques de Lamartine", tome III, retravaillé à l’encre de Chine, juin 2014.

Ce projet consiste en la récupération et l’appropriation d’un livre jauni du poète français Lamartine, le troisième tome d’une compilation de ses oeuvres poétiques. L’ouvrage a  été retravaillé par les moyens de la censure. Au fil des pages plus ou moins recouvertes de tracés à l’encre de Chine, des lignes plus ou moins épaissess esquissent tantôt des vagues qui laissent subrepticement apparaître un mot, un fragment de vers; d’autres fois, à intervalles réguliers, l’encre plonge l’entière surface dans sa nuit profonde. À travers ce processus, un nouveau poème émerge, une autre histoire est écrite, dans laquelle le lecteur peut à son gré se projeter lui-même et prendre part au processus de création du sens, dans l’imprécision engendrée par les ellipses. Les termes qui ressortent ont été choisis en relation avec la notion de poïétique, ce processus où vie et mort s’enchevêtrent en congruence avec l’esthétique noire et blanche de l’opuscule.

Cartographies - Pôles et Flux

série de 19 peintures/dessins à l'encre de Chine sur toile brute, 5 sous-séries: "Trajectoires de flux" (4 dessins), "Pôles et Flux" (4 dessins), "Relations tripartites" (3 dessins), "Binômes" (3 dessins), "Pôle au monde" (5 dessins), env. 34cm x 53cm chacun, novembre-décembre 2013.

 

Ces quelques dessins adoptent une codification similaire, composée principalement de pôles et de flux, vus à des échelles différentes. Ces cartographies imaginaires décrivent la notion d’être au monde: un pôle, organisme individuel dans un lieu indéfini, le monde - ce pourrait être le spectateur, l’artiste -  et les situations dans lesquelles ils se trouvent (sauf dans la série I où ne prolifèrent que de fins tracés presque imperceptibles à une certaine distance). Des ouvertures émergent dans ces formes laissées libres dans leur propre courant. À même cette myriade de flux se font et se défont des intensités invisibles - celles-ci qui nous traversent et nous sculptent.

Des Agirs créateurs

série de 3 peintures à l'huile sur toile brute, I: "Le Démiurge" (64cm x 9 cm), II: "L'Agir collectif - Circulation d'Intensités" (64cm x 96cm), III: "Demi-cycle" (114cm x 143cm), mars - juin 2013.

La constante de cette démarche picturale, qui utilise les moyens de la figurations au service d'une symbolisme, se veut être l’exploration de différents aspects relatifs aux processus dits de création, qu'ils soient spécifiquement liés au domaine artistique ou, de manière élargie, aux situations rencontrées dans la vie, aux gestes perpétrés par toute personne. De par ses retranscriptions du corps humain - entier ou fragmenté - et l'expression de mouvements d’énergies d’ordinaire voilés, cet ensemble d’images évoque cet "arrière-plan du monde" où les idées se meuvent et les intentions prennent forme(s).

Here I am

vidéo loop, 5 min. & 42 sec., mars - août 2013.

Cette vidéo repose sur une métaphore qui rend manifeste une analogie entre la peau et le mur. Elle dépeint certains aspects de la situation "économique" - au sens freudien ou encore énergétique du terme - d’une personne humaine indéfinie mais toutefois particulière. Des fragments textuels explicitent davantage la thématique et prêtent voix à un barrage personnifié. Ainsi, ces séquences rendent visibles quelques échanges tenus entre les relatifs espaces dits intérieur et extérieur, notamment des processus mentaux que chacun opère dans cet "entre". Des forces multiples agissent là, dans cette interstice où symptômes et utopies se recoupent jusqu’à parvenir, enfin, à créer néanmoins.

Variation typologique de Modes d'être

5 prototypes tridimensionnels et série de 35 dessins (aquarelle sur papier A4); I: laine rose, sucre et hameçons, II: cuivre et étain, bas blancs et "nude", oreilles d’acupuncture en plastique, III: fils de cuivre et étain, bas "nude", toile brute / à l’intérieur: miroirs mosaïque et papier à paillettes dorées, IV: verres correcteurs synthétiques, fils de cuivre, V: fils de cuivre et étain, bas noirs, plastique à bulles, divers papiers et plastiques, feuilles morte; installation, projet de diplôme, ECAV, janvier 2013.

Ces objets, ni véritablement sculptures ni même masques - même s’ils sont pensés en regard d’une tête - évoquent des éléments de l’appareil perceptif humain, où les sens physiques entrent en résonance avec des facultés d’ordre psychologique. Ces objets sont conçus comme des modélisations d’attitudes ou de ce que j’aime à appeler des "modes d’être"; ceci dans le cadre des relations interpersonnelles, des perspectives individuelles portées sur le monde et du rapport à soi. La série se veut en faire une sorte d’inventaire et les matérialiser comme contraintes, barrières et/ou tentatives d’ouverture et d’expression, en jouant sur des changements de texture, forme, densité, opacité, etc. Mise en parallèle avec une série de dessins poursuivant cette typologie, elle pourrait se développer à l’infini à partir d’un principe similaire. Disposés ensemble de façon à former une collectivité imaginaire, les prototypes, placés à hauteur moyenne d’un spectateur, offrent la possibilité pour le public de s’y projeter mentalement autant que d’y participer activement en revêtant les pièces. Enfin, la relative précarité des matériaux souvent récupérés octroie aux objets une certaine fragilité qui reflète le "faire avec le donné" en ce qui concerne les attitudes adoptées dans les méandres de l’existence.

Je, non-je

vidéo loop, 7 min. & sec., jury de pré-diplôme, janvier 2012, Ecav.

 

"Je, non-je soustrait au jeu des apparences,

obnubilé, se dévoile -

absence, impersonnelle présence.nbsp]

Je, non-je s’efforce d’apparaître - irréel,

sifflé à travers son langage.

Je, non-je, symbole qui s’auto-décrypte

fictif incarné, je, non-je

présente la figure homme,

analyse le je générique."

Un personnage dont les traits particuliers sont dissimulés sous une seconde peau - une combinaison intégrale qui lui permet d’incarner à la fois "personne" et un sujet humain générique  - récite un poème aux consonances théoriques. Ce texte tissé d’oxymores retrace les points de vue d’un "je" soumis à une forme d’auto-analyse, étude de son rapport à lui-même ainsi que de ses rapports avec toute extériorité, d’où la notion de "non-je". Un son, comme une basse qui gronde, accompagne la voix dont le ton oscille entre celui d’un humain et d’une machine. Manifestement androgyne, le personnage se dédouble et se multiplie jusqu’à former un fond saturé de la danse de ses multiples. La personne (étymologiquement, celle qui parle à travers un masque) se situe dans un non-espace, une obscurité grouillant des lueurs et textures que le tissu emprunte sous la lumière.

99.9 % empty Space

29 sculptures en argile et sérigraphies, installation, jury de juin 2011, Ecav.

Cette installation constituée de 29 vases en forme de tête et de sérigraphies invite les spectateurs à sillonner dans l’espace blanc, à marcher parmi ces êtres posés à terre, à s’approcher des motifs de réseaux presque invisibles à l’oeil nu afin de les percevoir. Le nombre 99.9 représente le pourcentage de vide présent dans un atome "x". Il se réfère aussi à l’espace inoccupé de la pièce. Les objets arborent des visages dont l’unicité témoigne d’un façonnement sans autre référence que la diversité des formes qui émerge dans l’immanence des gestes, simultanément à un oubli partiel du genre des personnes ainsi portées à l’existence. Individus, pôles différents et similaires, multiples d’une infinité. La cavité creusée dans leur crâne tente de désamorcer l’antinomie entre intérieur et extérieur et, par Ie biais même du vide, de permettre une communication entre ces deux termes, un lien dans l’invisible.

Extension, mouvance, multiplicité

série de 3 dessins, encre de Chine sur fond d'aquarelle, papier tibétain, printemps 2011.

Réflexions

vidéo loops, installation, jury de janvier 2011, Ecav.

Une expérience individuelle est à la source de cette installation vidéo, 35 personnes - dont l’initiatrice du projet - se sont adonnés à une auto-observation d’ordinaire rarement entreprise ainsi. Le protocole n’est autre que se regarder soi-même durant 15 minutes, seul à seul, confronté à sa propre image, à sa propre forme, averti de la présence de la caméra placée derrière un miroir sans tain. Il en résulte de microscopiques expressions sur les visages, indéchiffrables même dans la profondeur des regards. Par la suite, un passage de 3 à 4 minutes par participant a été sélectionné afin d’obtenir des changements de portraits aléatoires au sein de l’installation. Celle-ci instaure un jeu de regards multiples, croisés, exaltant à la fois le gouffre et la proximité entre les êtres. Le dispositif tente d’esquisser des dialogues imiscés entre les individus et leur image, alors même que les mondes restent hermétiques et la pensée muette. 

Genesis

série de dessins, encre de Chine sur papier, 2010.

peinture acrylique sur plastique, installation, jury de juin 2010, Ecav.

Dans une série de dessins préalable, une figure féminine se tient dans un jeu de lignes, une profusion de structures, où son corps à demi nu s’enchevêtre à l'entour. Cette fusion relate un eden perdu où l'homme et la nature étaient encore indistincts. Ces quelques croquis amorcent la thématique des rapports entrenus par l’espèce humaine avec son extériorité, tout en posant l'indéniable appartenance de celle-ci à la physis. Cette recherche a ensuite pris la forme d’une installation, un micro-environnement où le motif végétal tissé d’ombres et d'espace vides est transposé sur la transparence de supports en plastique. La figure de la jeune femme disparaît alors pour laisser place aux silhouettes des visiteurs et à leurs regards réciproques.