Propositions artistiques

2016

Field of Mutations

installation; 3 sculptures en argile, objets trouvés et vidéo loop (10 min. & 12 sec.), projet de diplôme lors de "Every contact leaves a trace // Jede Berührung hinterlässt eine Spur", exposition Bachelor et Master en arts visuels, curation de Lysann König & Chus Martinez, Institut Kunst/HGK/ FHNW, Kunsthalle & Kaskadenkondensator, Basel, septembre 2016.

 

“Today's subjectivities: grabbed from the soil, they have the gift of ubiquity – they fluctuate at the mercy of the mutable connections of desire with flows from all places and times that all pass simultaneously through electronic waves. A singular and fluid filter of this immense and also fluid ocean. With no name or permanent address, without identity: metamorphosing modulations in an endless process, tirelessly managed day after day.“

Suely Rolnik, Anthropophagic Subjectivity

Une multitude d'objets relevant des différentes techniques régulièrement explorées dans ma pratique est réunie en ce Field of Mutations (Champ de Mutations), une installation oscillant entre une présentation classique faisant usage de socles blancs et une fragilité liée à l'éphémérité de certaines pièces et des matériaux de récupération. Ici, quelques objets trouvés - un papier à poncer et le monticule de pigments rouges en son centre, une chaîne de vélo rouillée, un rouleau de papier-caisse recouvert de fines lignes et un objet plastique indéfini - entretiennent un dialogue avec des sculptures dénuées de cuisson et une projection vidéo.  

Une série d'organismes tridimensionnels qui semble incessamment modifier leurs formes actuelles dans un continuum de temps incarne un mouvement d'ordinaire imperceptible. La forme rose trônant sur la colonne dorique tient pour le résultat ironique du processus de réalisation frénétique perpétré dans la vidéo. Accompagnée d'un son saturé remémorant un état d'urgence, la projection montre une paire de mains qui manipule une masse d'argile en apparence sanglante. Ces gestes impliquent des efforts soutenus vers des agencements renouvelés, des cristallisations temporaires d'une forme constamment en proie aux effondrements de sa propre matière.

L'entière composition est construite comme un paysage ouvert et panoramique apte à générer divers cheminements interprétatifs de la part des spectateurs. Simultanément, elle se concentre autour d'un centre flou, la notion de "devenir". Ce terme, aussi vaste qu'une page vierge, est de ce fait souvent rélégué aux confins de la métaphysique. Les fragments choisis manifestent divers aspects de ce concept définissable comme un processus continu de transformation.

L'ensemble tend à mettre en lumière le potentiel humain à modeler les subjectivités, dessiner des trajectoires aussi personnelles que collectives. Au sein de cet univers révélé fluide, ce champ d'immanence exubérant, quelles opérations déclencher afin de libérer le courant de la vie là où celui-ci présenterait des points d'interruption ou de ralentissement? Comment réactiver au sein des situations présentes le potentiel crucial inhérent à l'activité artistique, cette aptitude à mettre au monde des possibilités? 

Faking the move

video loop, stop motion, 3 min. & 50 sec., printemps 2016. 

 

Undefined I, undefined piece

performance musicale, texte, chant et claquettes, zentaï, durée indéterminée: 10 à 15 min., hiver-printemps 2016

 

«Here and now,

where the event

is ever about...

to happen !»

 

Au coeur de ce travail, il y a un "je" indéfini, une figure tenant pour un être humain générique dans un costume dissimulant tout trait particulier. Ce performer, seul, récite, chante, crie un script textuel (en anglais) à travers la membrane de tissu. Cette déclamation, accompagnée par des rythmes directement produits par les claquettes à ses pieds, constitue le constant développement d'une musique, une métaphore de la notion de devenir. Les paroles, conçues pour être "méta", répètent à intervalles réguliers "Here and now" (ici et maintenant) comme un refrain et une ancre; elles décrivent quelques éléments de la performance elle-même en tant que situation construite: l'(auto)description de cette figure indéfinie et ses actions actuelles, sa confrontation à l'audience jusque'à l'intention de ne pas laisser la performance demeurer un spectacle à regarder passivement. Sans avoir une mélodie précise ou des gestes à imiter, chaque spectateur est sollicité à exprimer sa voix propre, à créer des rythmes à l'aide de son corps seul, à ajouter ce qui surviendrait spontanément au show qui se déroule. Ainsi, le titre prend tout son sens lorsque la pièce se fait alors réellement évènement indéfini, soumise à des variations différentes à chaque occurrence. 

 

Rite (dé)territorialisant

proposition d’une performance collective in "Rite de départ", action/expérience pour 4-5 personnes ou plus: ici, C. Becholley-Besson, M. Rosset, A. Rigamonti et moi, durée variable (env. 15 min.), janvier 2016.

Cette pièce sonore pour plusieurs voix a été iventée et mise sur pied à travers la lecture du chapitre "Ritournelle", dans le Tome II de  Mille Plateaux, ouvrage co-écrit par G. Deleuze et F. Guattari. La performance se veut dénoter les trois aspects de la ritournelle décrits par les auteurs. Lors de la première phase, la personne vaque, seule. Elle s’invente une mélodie pour elle-même, comme un abri, un refuge, un lieu distinct du monde chaotique autour. Dans un deuxième temps, survient la fondation d’un territoire par une collectivité qui, à la suite de ces errances solitaires, se réunit. Chacun se fait alors personnage rythmique et la mélopée fait résonner l’espace, l’habite  - le concert des voix s’harmonise petit à petit. Enfin, c’est l’ouverture du monde ainsi construit, invitant les spectateurs curieux de taper du pied ou d’élever la voix. La file enthousiaste sort de l’appartement, descend les escaliers, le son s’étouffe tandis que les corps se perdent dans l’obscurité.

Avait-on perdu la ritournelle ?

vidéo loop, 5 min. & 5 sec, 2014 - janvier 2016.

installation vidéo dans le cadre de la résidence collective "Rite de départ" proposée par C. Becholey-Besson, vidéo loop, 4 kg de pommes rouges, une paire de claquettes, Lausanne, janvier 2016.

Cette image en mouvement tournée dans la campagne, un petit territoire temporairement choisi par des pinsons du Nord migrant, se superpose à "Epode", l’une des nombreuses Chronochromie du compositeur français Messiaen. Ce morceau entrelace 17 voix d’oiseaux divers qui manifestent ces volutes nerveuses, ces soubresauts qui transportent les oiseaux au loin, les engagent dans des agencements, des mouvances, des arbres au ciel et vice-versa. La volée tournoie dans une certaine confusion, comme si elle se débattait dans un trou noir dénué de sens. 

 

 

Dance through

vidéo loop, 1 min. & 41 sec., 2014 - janvier 2016.

Ce travail vidéographique relate la répétition des patterns de l’expérience intime de quelqu'un. Cette personne à bord voit l’engin décoller et atterrir successivement dans un entremêlement de lumières aveuglantes, en panique dans les vitesses qui bondissantes et les maintes variations de degrés. La boucle se déroule indéfiniment et le sujet, à la manière d’un Sisyphe, suit cette trajectoire plus intime que les changements climatiques.